| Le Capital-Risque (première partie) |
Cest au capital-risque que lon peut attribuer les révolutions technologiques et industrielles du XXe siècle. En France, il aura fallu attendre linitiative publique dans les années 70 et 80 la création de sociétés de capital-risque institutionnel, et de fonds de placement à risque (création du FCPR en 1982), pour abattre les barrières , fiscales culturelles et juridiques ; notamment sagissant des augmentations de capital et des plans doption sur actions.
Protéiforme, de par la complexité et la multiplicité de ses mécanismes. Le capital-risque peut être entendu ici au sens large, comme lensemble des opérations de capital-investissement, regroupant le seed-capital, le capital-risque création, le capital-risque de développement, et le capital-risque transmission. Bien quil ne soient pas de la même ampleur à tous les stades de financement dune jeune pousse ou autre entreprise se créant ou sétendant sur le marché des nouvelles technologies de linformation et de la communication, les divers risques inhérents à ces modes dinvestissement nous poussent à les regrouper en mettant en avant leur " épitope ", et donc sous le terme générique de " capital-risque " plutôt que " capital-investissement ".
La qualification de capital-risque dune opération, implique selon la définition que lui donne M.R. Lattès, trois principes simples : Aider au décollage une entreprise fondée sur linnovation scientifique ou technologique à fort risque de mortalité du fait même des innovations et de limprévisibilité du marché, amoindrir voire éliminer le risque financier en constituant sous forme mutualiste des portefeuilles dinvestissement, et intervenir en fonds propres pour limiter les charges financières.
Le capital-risque peut sanalyser comme une série de contrats dinvestissement reliant les fondateurs dune entreprise en quête de fonds pour développer une technologie et une production de biens ou services coûteux dune part, et un ensemble dinvestisseurs représentés par un intermédiaire de type prestataire de services dinvestissement, banque daffaire, ou intermédiaire financier dautre part.
Le prestataire en question peut être institutionnel ou privé, lentreprise à financer peut quant à elle correspondre à une multitude de critères, que nous analyserons plus loin, en nous penchant sur les caractéristiques du marché du capital-risque. Cest sur ce marché que les sociétés de capital risque pallient labsence de banquiers. " Les banques veulent gager leurs prêts sur des actifs tangibles, et ne savent pas prendre en compte les actifs immatériels. Ce sont les spécialistes du capital-risque et les introductions sur les marchés de croissance qui assurent le succès de la Silicon Valley. " (A.Perez ).
Le marché qui nous intéressera ici à titre principal correspond à une conception large de tout marché financier organisé et réglementé, point (et non plus lieu..) de rencontre entre loffre et la demande dinstruments financiers portant sur des entreprises cotées. Le principe ou concept dintérêt du marché ne sera pas défini ici, notre travail ayant notamment pour objectif de proposer une nouvelle définition, empirique cette fois ci.
La richesse, la complexité et linfinité de combinaisons techniquement possibles mais légalement limitées répondant aux différents stades de financement dune entreprise fournissent une dynamique captivante et redoutable aux acteurs de la nouvelle économie. Le capital-risque nous a démontré quil fonctionnait par respirations, et non par cycles naturels, et que maladroitement utilisé, ou confondu avec dautres types déchanges spéculatifs (Nous faisons allusion aux marchés dérivés ), il saverrait catastrophique pour nos économies.
Le capital-risque peut tout dabord être considéré comme incitant de la spéculation. Ce postulat posé, lintérêt du marché peut alors être considéré comme dénominateur commun paradoxal de la dichotomie : spéculation-intérêt général. Le manichéisme ne nous effrayant pas, nous pourrions poser comme extrêmes le capital-risque comme tantôt source de croissance et demploi, tantôt source de ralentissement et de récession. Ainsi nous pourrions qualifier le concept dintérêt du marché dassainisseur du marché, sorte déquilibre uniquement satisfait par un capital-risque rationalisé et maîtrisé.
Nous aurions pu nous contenter ici de présenter une analyse descriptive de leffet de bulle du NASDAQ et de la réaction en chaîne qui sen est suivie, et lintituler " chronique dune chute annoncée ", tant la frénésie de la spéculation a étouffé les prétendues pessimistes prévisions déminents économistes. Cette réalité actuelle est bien sûr au cur de notre étude, et nous tâcherons den retirer quelque chose de positif.
Les excès générés par le capital-risque et leuphorie générale sont à la base dun décrochage sans précédent entre la valeur réelle et la cote des titres portant sur les entreprises innovantes. Leur manque dinfrastructure, le terme implicite des investissements, les ratés technologiques, labsence -par nature total et durable- de production et de bénéfices ont entraîné une perte de confiance et une série de faillites. La perte de confiance des investisseurs sest très rapidement propagée, et leffondrement du marché des nouvelles technologies na pas été virtuel. Lhistoire de cette respiration du capital-risque ressemble à sy méprendre au poème " Les Djinns " de Victor Hugo.
Sous langle strictement juridique, le capital-risque est la prise de participations minoritaires en fonds propres dans des sociétés non cotées en vue de réaliser à terme une plus-value, accompagnée dune collaboration plus ou moins active entre linvestisseur et léquipe dirigeante ; ces participations nécessitant linstauration de protections conventionnelles (O. Basso et P. Bieliscki, " Guide pratique du créateur de start-up ", Editions dOrganisation, 1999).
1/ LE CONTEXTE
a) Le développement de lInternet et lexplosion des NTIC
La problématique du financement risqué des entreprises à forte croissance ne concerne pas exclusivement les projets consacrés à lInternet. Mais laccélération subite du développement des nouvelles technologies liées à ce réseau et à ses possibilités quasiment infinies didées à développer et de marchés à créer, a coïncidé avec le développement de leur mode de financement.
La guerre commerciale que se sont mené les tenants du marché des matériels et logiciels informatique a eu pour conséquence louable déquiper un nombre toujours croissant de foyers et dentreprises. Le nombre dinternautes en France a ainsi grimpé de 1,2 millions en 1997 à 7,1 en 2000 (Sources : Médiangle, NOP, SVM/GfK et Médiamétrie), et le nombre dordinateurs hôtes est passé de 333000 à près dun million sur la même période. Parallèlement, les ventes de micro-ordinateurs dans le monde ont progressé de 19,1% en 1997, 21,4% en 1998 et 11,8% en 1999, et le nombre dordinateurs hôtes est passé de 30 à 100 millions en lespace de trois ans (Sources : Internet Software Consortium, Network Wizards).
Ces données précieuses ont été recensées par le ministère des finances, publiées dans un tableau de bord de linnovation (Les Notes bleues de Bercy, n°195 du 16 au 30 novembre 2000), sappuyant sur diverses études dont celles de lOCDE, et retraçant les avancées de laction publique dans le domaine de linnovation. Ce type de statistiques a contribué à développer une politique de soutien du développement des potentiels technologiques.
Nous ne traiterons pas ici de la confrontation entre les réseaux de distribution et le commerce électronique. Cette forme de commerce destinée aux particuliers reste toujours à létat de potentiel (seulement 1 à 2% du volume de transactions effectuées via le réseau Internet), et qui ne se développera que lorsque les problèmes de confiance et de sécurisation auront été résolus (les analyses les plus optimistes prévoient un développement dici 2006).
Le véritable marché effectif et actuel dont les structures ont été financées par le capital-risque concerne les transactions inter-entreprises. Le développement de nouvelles technologies de linformation et de la communication liées à ce marché a entraîné une augmentation sensible des créations dentreprises, et des introductions en bourse. Entre 1997 et 1999, on recense en Europe, 15000 créations dentreprises liées aux nouvelles technologies, et dans la même période, le volume du nouveau marché a été multiplié par cinq. Le pic de création de jeunes pousses est en 1998, avec pour la France, 34,1 % des créations sur la période 1995/1999.
b) Le cycle dinvestissement de 1995 à 1999/2000
Du point de vue historique, le capital risque, avant la période deuphorie faisait grise mine en France face aux autres modes dinvestissement. Les TRI (Taux de rendement interne) étaient négatifs pour la période 1990-1995, et le seul secteur à se développer était celui des biotechnologies.
En 1996, le milieu du Capital-risque a décidé de réagir, et de se former et sorienter sur les nouvelles technologies. Une littérature importante en témoigne, prônant les qualités de nouvelles techniques managériales, la nécessité de capter de nouvelles compétences, de développer la qualité du conseil, et de réorienter toute la politique de gestion des entreprises destinataires des investissements.
Le mot dordre est alors à la rationalisation des frais détudes des projets, la qualité des compétences manageriales investies dans ces entreprises, et la redéfinition des objectifs en vue dune sortie soit en bourse, soit lors dun L.B.O.ou dune cession industrielle. La phase la plus déterminante dans lévolution de ce mode dinvestissement est celle qui correspond à lengouement pour lInternet, et qui précède le- krach.
Globalement, de 1995 à 2000 le capital-risque représente 23% des opérations dinvestissement en moyenne, et 20% des capitaux investis en France chaque année, dont 40% pour les nouvelles technologies. Chiffre plus criant, en décembre 2000, 61% des sociétés introduites au Nouveau Marché depuis sa création lont été avec laide du capital- risque (Source : Médiamétrie).
La croissance de ces investissements a été constante sur cette période, et lamplitude fut phénoménale. En 1999, Lassociation française des investisseurs en capital recensait 273 millions de francs de capital investissement pour 1994, 1,1 Milliard pour 1997, et près de 4 Milliards pour 1998. Les différents marchés spécialisés et aménagés pour la cotation des sociétés innovantes se sont développés parallèlement, mais avec des progressions différentes. La proportion dinvestissements sur les nouveaux marché est criante : lorsque sur cette période, un franc était introduit, un DM létait sur le NeueMarkt, et 160 USD sur le NASDAQ. Donnée saillante également, la proportion de la capitalisation boursière en Europe des nouveaux marchés : en 1999, 81% étaient concentrés sur le NeueMarkt
Lannée 2000 fut celle de tous les records. Selon lAfic, 4,6 Milliards deuros ont étés investis, et 5 milliards de levées de capitaux. Record également dans la rapidité déclatement de la bulle spéculative, avec un retour à des prévisions négatives entre mars et septembre de la même année, et une baisse de 60%. Les investissements en capital-risque sur des sociétés intégralement tournées vers lInternet sont quasi unanimement stoppés. Tous les types dopération sont touchés par le ralentissement, avec latonie de la bourse et le climat économique incertain, le secteur des LBO (leveraged buy out) subit sans doute le plus fort ralentissement.
2/ ACTEURS DU CAPITAL RISQUE ET METHODES D'INVESTISSEMENT
a) Qui sont les intermédiaires du capital-risque, qui sont les bailleurs de fonds ?
Les principaux bailleurs de fonds, qui alimentent les stocks des intermédiaires et capital-risqueurs sont les fonds de pension. Sur a période deuphorie, ils plaçaient 3 à 5 % de leurs actifs dans le capital risque, sachant que les plus gros dentre eux gèrent plus de 600 Milliards de francs. Un capital risqueur non institutionnel peut regrouper une trentaine de ces fonds de pension, outre dautres investisseurs. A titre dexemple, le Canada en 1998, avec 106 fonds de placement, a investi 579 millions de dollars canadiens dans des jeunes pousses de moins dun an dexistence, pour 70% dentre elles tournées vers les NTIC.
Méthodes de sélection des Entreprises destinataires de ces investissements
Le temps est un facteur déterminant pour le développement dune start-up : les cycles technologiques sont extrêmement courts, et les originalités de présentation, de technique de gestion de clientèle ou de distribution ne sont que peu protégeables. La concurrence a vite fait de se développer sur le même secteur, avec des armes similaires. Pour toutes ces raisons, il faut dès le départ un financement conséquent, permettant dassurer la place de primo accédant, et dasseoir un cycle rapide de recherche et développement.
Les frais de communication sont également conséquents, le réseau étant par nature universel, et les investisseurs ne voyant de success story que dans les ambitions de première place. Une jeune pousse innovante devra sa survie et son développement à un investisseur à même de lui fournir des capitaux très importants mais également des compétences en marketing, stratégie manageriale, et connaissant les marchés visés. Le capital risqueur est justement capable de proposer à lentrepreneur tous ces services. La société de capital risque procèdera en amont à toute une série dinvestigations, de tests et autres due diligence avant dinvestir.
En cette fin de premier semestre 2001, le climat est au nettoyage des portefeuilles. Les fonds prêts à co-investir en capital-risque deviennent rares, et " lajustement ", tel que lappellent les investisseurs devrait se poursuivre au moins jusquà lautomne prochain.
Nature des relations contractuelles entre les divers intervenants
Les soucis majeurs de linvestisseur peuvent être résumés ainsi :
>Avoir une marge de manuvre suffisante pour pouvoir préserver
ses droits
>Avoir une position de contrôle privilégiée
>Valoriser sa position dactionnaire minoritaire
>Pouvoir détenir le contrôle du mode et de la date du processus de sortie
>Echapper à tout risque dimplication dans une procédure collective
Afin de satisfaire à ces objectifs, le capital-risqueur aménagera les statuts de la société et les pactes dactionnaires. Afin déviter les contestations des autres associés ou des non signataires dun pacte dactionnaire octroyant des avantages à linvestisseur (principe dégalité des actionnaires), les statuts prévoiront de tels avantages. Il est ainsi fréquent de lire des statuts enfermant les dirigeants (responsabilité pour violation des statuts), en ménageant des concessions plus importantes à ou aux investisseurs. Ces avantages prennent la forme dactions de catégories privilégiées, davantages particuliers portant non seulement sur les produits ou le fonds, mais également de nature extra-pécuniaire, notamment des clauses de préemption. Ces avantages sont accordés intuitu personae. Plus particulièrement, ces avantages peuvent porter sur la répartition des bénéfices, mais également sur la répartition des pouvoirs de gestion et de contrôle au sein de la société
b) Capital-risque et corporate governance, pactes et stratégies
Distinction entre corporate governance aux Etats-Unis et en Europe
Dès son origine, la doctrine, puis les règles de la corporate governance aux Etats-Unis visaient un objectif bien précis, et propre à la nature même de la répartition de lactionnariat. Les décennies précédant linstauration de ces règles étaient marquées par la concentration du pouvoir aux mains des managements des sociétés cotées, et, caractéristique toujours présente : un actionnariat très dispersé. La corporate governance a donc pour objectif de répartir plus équitablement le pouvoir en direction de lactionnariat.
En Europe, le contexte est très différent, avec un actionnariat beaucoup moins dispersé, et un pouvoir cette-fois-ci détenu par les actionnaires majoritaires. La corporate governance a alors lobjectif inverse mais le même esprit déquilibre. Notons que si le débat sur le partage des rôles de représentation, contrôle et gestion revient au goût du jour, larticle 90 du décret du 23 mars 1967 sur les sociétés commerciales disposait déjà que le conseil dadministration pouvait décider de la création de comités chargés détudier des questions que lui même ou son président lui soumettraient pour avis. Les deux rapports Viennot et la loi N.R.E. renforcent sensiblement cette tendance.
Rôle de la corporate governance dans les opérations de capital risque
La corporate governance joue un rôle majeur dans les opérations de capital-risque. La répartition, sous forme de démembrement de la propriété, effectuée entre la direction, les mécanismes de contrôle et le financement, permettent doffrir des garanties de gestion aux investisseurs.
La rédaction des pactes dactionnaires, et les différentes étapes de sécurisation des relations entre les deux parties mettent cependant à jour un risque dasymétrie dinformation. Par crainte que ce risque, dû à la technicité et la spécificité des projets innovants nentraîne une sélection adverse plutôt quune sous évaluation, les sociétés de capital risque ont dû choisir de courir le risque, allouant en fonds propres les financements " confiés " par les bailleurs, sous un certain nombre de conditions sécurisantes ; rétablissant ainsi le déséquilibre de la " relation dagence ".
Les pactes dactionnaires
Linvestisseur soucieux de lunique but de son opération, la rentabilisation des fonds quil a la charge de placer, va donc participer au management des entreprises. La répartition des droits sera alors scellée dans un pacte dactionnaires, la plupart du temps imposé à la société destinataire de linvestissement. Lobjectif de la société de capital-risque, une fois son investissement rentabilisé, est de quitter lactionnariat de la société dans les meilleures conditions. Celles ci doivent être abordées dès la naissance du projet, dans le premier plan de financement de la jeune pousse.
Linvestissement en capital peut revêtir plusieurs formes. Il est nécessaire danalyser les mécanismes juridiques utilisés dès lorigine, avec notamment le protocole daccord. Les fondateurs signent ledit protocole avec le capital-risqueur sur la base dun échange de garanties et de promesses dapport. Les garanties concernent lactif et le passif, le bilan prévisionnel, la véracité des informations, et les conditions déterminent la sécurisation juridique du protocole.
Il est ensuite procédé au choix de linstrument de prise de participation, qui sera déterminé en fonction de divers critères dont les aspirations de la société, le type et la taille de marché visé, et le type de sortie prévu. Immédiate ou différée, laugmentation de capital qui suivra la signature du pacte dactionnaire entraînera lémission dinstruments à droits prioritaires sur leurs dividendes, à destination des investisseurs.
Le pacte dactionnaires stricto sensu constituera un document calqué sur le profil de la société ; sur mesure. Y seront recensées, énumérées et organisées dans les moindres détails, toutes les opérations envisagées par la société et ses actionnaires, du champ dapplication du pacte, à sa durée. Soumis au respect du droit des contrats et du droit des sociétés, le pacte organise lattribution dactions à dividendes préciputaires, par priorité aux actions privilégiées au profit des investisseurs. Mais toute clause portant atteinte de manière excessive à la vocation de chaque associé aux bénéfices sociaux risquerait dencourir la qualification de clause léonine.
Il est à noter une évolution importante concernant les conventions occultes et pactes dactionnaires : La loi N.R.E. du 15 mai 2001 renforce la publication, sous la très nette influence des règles de corporate governance concernant la transparence de la gestion dont le contrôle est séparé et organisé. La COB a parallèlement revu sa copie concernant les opérations sur le capital précédant les introductions en bourse, afin de mieux contrôler les gonflements artificiels de cash avant évaluation.
En 2001, les investisseurs en capital-risque réajustent leurs conditions. Les financements intermédiaires (tours de table) seffectuent davantage par avances en compte courant que par souscription dactions. Les investisseurs prévoient désormais la possibilité de réclamer leur créance (remboursement ou conversion en actions) à laugmentation de capital suivante. Les clauses de " ratchet "(pondération du prix) sont de plus en plus retenues, pour permettre au capital-risqueur de réajuster le prix moyen pondéré des actions souscrites en fonction de la valorisation issue de chaque tour de table.
Mais une des clauses les plus intéressantes et au demeurant critiquable au vu du droit des sociétés est celle qui permet doctroyer des actions prioritaires à linvestisseur. Cette technique désormais insérée comme condition de lapport de capitaux permet au capital-risqueur en cas de cession de contrôle ou de cession industrielle de lactivité dobtenir le prix de laction affecté dun coefficient multiplicateur compris entre 2 et 5. Loctroi de tels avantages, dû à une nouvelle inversion de position entre loffre et la demande, promet certainement un accroissement du volume de contentieux relatif à légalité des actionnaires.
c) Evolution des start-up de la création à la cotation
En 1998, 73,2% des start-up étaient créées en SARL, contre 26,8 EN SA. Le capital social à la création était globalement soit de 50000F, soit supérieur à 200000F.
Les capital-risqueurs préfèrent de loin les S.A. à directoire, qui leur permettent de briguer une place stratégique et sans responsabilité, au conseil de surveillance. Se constituer tôt en SA présente dautres avantages, dont la souplesse concernant les augmentations de capital. La réforme du droit des sociétés opérée par la loi NRE séduira sans doute les investisseurs par lamplification de ces avantages
Contrairement au secteur traditionnel, la plupart de ces sociétés sont nées dans une chambre détudiant, ou conditions similaires, sans garanties financières permettant loctroi dun prêt bancaire suffisant, ce qui explique que dès lécriture du business plan et le verrouillage de promesses de partenariats commerciaux, la constitution se soit faite sous forme de SARL.
La " nouvelle " SAS telle que revue par la loi du 12 juillet 1999 présente des avantages très adaptés à la gestion quentrevoient les investisseurs. Elle est prévue pour un petit groupe stable dactionnaires, dont personnes morales, sa structure de direction et ses principes de management sont souples, présentant avec simplicité la faculté dajuster pouvoir et contrôle. Nous pourrions même y entrevoir une proximité avec les règles déquilibre et dharmonie de la corporate governance.
Sagissant des instruments de prise de participation, la SAS offre la possibilité dactions privilégiées offrant des droits particuliers aux minoritaires investisseurs. Une augmentation de capital immédiate ou différée peut être effectuée avec ces instruments qui peuvent valoir jusquà cent fois la valeur de laction, et ce jusquà six mois avant lintroduction en Bourse. Lintroduction en bourse, pour laquelle la société devra changer de statuts et de forme sociale, compte en effet parmi les sorties privilégiées des investisseurs en capital-risque.
Lair du temps nest toute fois plus à leuphorie sur tous les types de sortie. La période de rationalisation des marchés, de nettoyage de portefeuilles et la tendance à se recentrer sur des activités centrales tendent à prédire un nouveau cycle de LBO et surtout de cessions-acquisitions de participations de contrôle dans des sociétés ou des activités à fort potentiel.
Accompagnement lors de lintroduction en bourse
Les cessions industrielles demeurent la sortie privilégiée des capital-risqueurs, à proportion de 64% en 1997. Néanmoins, la même année , sur 84 sociétés introduites en Bourse, 47 étaient détenues par des capital- risqueurs Ce chiffre important sexplique par la liquidité des Second et Nouveau marché, offrant aux investisseurs des plus grandes possibilités de sortie.
Dès le début de la période critique de 1997, le capital-risque sest retrouvé intimement lié au marché boursier. Soutenues par les Fonds communs de placement, la Banque Européenne dInvestissement, la Commission européenne et les initiatives gouvernementales (dont les contrats dassurance DSK), les sociétés de capital-risque ont progressé dans ce sens.
En 1998, 75% des sociétés introduites sur le Nouveau marché avaient un membre de lAFIC (association française des investisseurs en capital) dans leur tour de table ("Un marché en pleine croissance", Banque Magazine, n°01, mars1999). En outre, pour rentrer à la cotation, la constitution dun capital important nécessite une levée de fonds pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de francs.
LIPO coûte cher, plus que le dossier de capital risque. Par exemple, Alphamédia, assembleur, pour laccession à la cotation sur le nouveau marché a dû débourser 2,1 Mf, et 1.14 Mf chaque année en frais de communications et dinformations.
Les sorties en bourse ont été " multipliées par trois de 1994 à 1998, la culture du private equity sinstalle en Europe. Les banques passent de la culture du " commercial banking " à celle du " capital marketing partnership money ". les opportunités du private equity(capital-investissement) augmentent en Europe et en particulier en France. " (Edouardo Bugnone, partner, ARGOS SODITIC SA, Rencontres financières internationales Paris, Europlace, 6 et 7 juillet 1999).
[La deuxième partie de cet article, consacrée à la réaction des marchés au capital-risque, paraîtra dans la prochaine édition de Jurismag]
(juillet 2001)